Les Québécois sont-ils racistes ?
Les Québécois sont-ils racistes ?
Puisque la question semble revenir fréquemment sur le devant de la scène, ce premier article sera consacré à un mythe qui semble avoir la vie dure, soit : les Québécois seraient racistes.
Racistes ?
Cette notion est complexe et multidimensionnelle, m’y attacher sans poser les bases de mon analyse, n’aurait aucun sens.
Premièrement, il semble important d’établir que le racisme dont je parle ici est défini par la sociologie et non par une quelconque idéologie. En partant de ce postulat, je trouve la question aberrante dans sa formulation. En effet, parler du racisme des Québécois reviendrait à accepter qu’il existe une réalité objective de cette nature au sein du groupe populationnel, désigné par « les Québécois ». Donc, au moins sur le caractère raciste, il nous faudrait reconnaître qu’il s’agisse d’un groupe homogène.
Certes, il y a des déterminants communs dans toute population et c’est même ce qui leur permet de se singulariser les unes des autres. Mais je trouve très dangereux d’assimiler un groupe d’individus à un supposé comportement qui serait porté par le seul fait d’être né ou de vivre, ici ou ailleurs.
De plus, réduire une population à sa seule appartenance nationale est pour moi une erreur, car même si je suis convaincue de l’importance d’adopter des valeurs communes pour assurer un minimum d’harmonie dans un pays, rejeter l’idée que les individus ont plusieurs identités est absurde, surtout lorsque cet argument sert à justifier le rejet de l’autre. Ironiquement, il n’est pas rare que celui-ci soit utilisé sans modération aussi bien par les racistes décomplexés que par ceux qui se revendiquent de l’antiracisme vertueux, pour ne pas dire radical.
Deuxièmement, et peut-être ai-je tort, j’ai toujours cru que les peuples étaient souverains quant aux règles dont ils entendaient se doter pour assurer l’évolution bénéfique de leur vie dans leur pays, ce qui implique, au minimum, le respect de la Loi, le respect des autres, la réciprocité dans les relations humaines et surtout le dialogue. Pourtant, il semblerait que ce soit cette réalité qui pousse certaines personnes à qualifier les Québécois de racistes.
Alors, racistes ou pas, les Québécois ?
En partant de ces prémisses et après 23 ans de vie passée au Québec, je ne trouve aucune réalité factuelle me permettant de conclure au racisme des Québécois dans leur ensemble et je trouve indécent que pour le justifier on leur reproche de s’inquiéter pour l’avenir de leur langue, pour une possible dépréciation des valeurs qui leur sont chères, pour une réécriture, voire une annulation, de leur histoire ou pour la sauvegarde de leur culture. Il est également effarant de reprocher à un peuple de se soucier des conséquences d’une immigration non contrôlée. Il n’est pas contesté que l’immigration est bénéfique, profitable même, mais ceci ne doit pas nous éloigner des réalités qui en découlent, parmi les questions de logement, d’éducation, de santé, d’accès au travail ou d’adhésion aux valeurs communes. En peu de mots, de la capacité d’intégration d’un pays. Ces questions ne peuvent pas se résumer à un : « on verra bien plus tard ». Je crois que c’est justement en planifiant l’immigration que tous y trouveront le plus grand bénéfice.
Si bien que faire un procès d’intention à un peuple qui se soucie de son avenir en lui opposant un protectionnisme outrecuidant et illégitime est tout bonnement de la malhonnêteté intellectuelle, visant à satisfaire quelques idéologues qui se pensent progressistes, mais qui finalement ne font qu’utiliser ce qu’ils reprochent aux autres.
Racisme contre liberté
Alors, maintenant soyons fous, pensons trois minutes que le Québec ne serait pas la terre raciste que veulent nous vendre certains journaux et essayons de renverser les raisons pour lesquelles on lui colle cette étiquette. Au lieu de voir une attitude raciste dans chaque questionnement ou ouverture de débat sur l’immigration, n’est-il pas possible au contraire d’y voir la volonté du Québec de choisir pour lui-même les valeurs qu’il souhaite conserver ou mettre en place pour son présent et son futur ? Ne pouvons-nous pas penser que l’expression de cette volonté ne vise pas à « ostraciser l’étranger », mais plutôt à lui faire une place dans une société ouverte et forte de ses valeurs de liberté et d’égalité ? Je trouve toujours désolant que le seul argument pour supporter la grande théorie du racisme systémique (1) soit de renvoyer les peuples à une image de bourreau. Car en plus d’être infondé, c’est insultant pour les pays d’accueil, mais également pour ceux qui vivent le viol constant de leurs droits les plus fondamentaux à travers le monde.
Pour tout vous dire, je ne sais pas si le racisme systémique (1) existe ou comment il s’exprime exactement et je ne nie certainement pas que des personnes sont soumises à des écueils de vie, à des violences ou au rejet pour des raisons qui reposent uniquement sur leur différence, mais je trouve particulièrement malsain d’élargir la notion de racisme à l’ensemble d’une population, tout en lui opposant systématiquement, à la façon d’un argumentaire « Reductio ad Hitlerum », un refus catégorique de débattre démocratiquement.
Racisme contre réalité
Cela étant, je ne suis pas assez naïve pour essayer de vous faire croire que le racisme, le sexisme, l’homophobie, bref, la haine de l’autre n’existe pas au Québec, mais connaissez-vous un pays où il n’y en a pas ? De plus, je me sens assez concernée par ces questions pour vous dire qu’il est important, voire capital, de combattre les inégalités et les abus de pouvoir ou de droit où qu’ils se cachent.
Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai été confrontée à quelques remarques et gestes haineux, quelquefois d’une rare violence, curieusement toujours provenant d’une forme d’élite sociale. En revanche, le vrai rejet de l’autre, celui qui fait mal, celui qui s’inscrit dans le temps, celui qui laisse des stigmates, celui qui vise à vous déposséder de tout jusqu’à votre dignité, je l’ai connu devant la Justice, pas face à la rue.
Alors, pour répondre simplement à la question posée, non, je ne pense pas que les Québécois soient plus racistes ou intolérants que d’autres peuples et le croire relève au mieux de la bêtise, au pire du complotisme. Cependant, affirmer que le racisme n’existe pas au Québec n’est pas plus intelligent, à mon sens il est inutile d’essayer d’atteindre une uniformité qui par nature est utopique, mais il convient de nous assurer que la xénophobie ne soit pas encouragée par une opposition systématique des droits des uns sur ceux des autres.
Quelque chose me dit que si je remplaçais « les Québécois » par « les Français », j’arriverais au même constat.
Pour finir, j’aimerais souligner l’initiative du Gouvernement Legault qui vient de lancer une vaste consultation sur l’immigration.
Rendez-vous en novembre !
https://ici.radio-canada.ca/rci/fr/nouvelle/2009739/consultation-planification-immigration-quebec-frechette
https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/immigration
(1) Le racisme systémique s’oppose au racisme individuel. Contre toute attente, pour un concept qui semble aussi répandu que celui-ci, il est difficile d’en trouver une définition standard. Donc, mes remarques reposent sur la définition qui établirait que le racisme systémique est un racisme volontairement pensé et rigoureusement appliqué, quelquefois même promu, dans le seul but de discriminer un groupe d’individus ciblé dans une société donnée. On parle aussi de racisme d’état.

